Japon / JPY

Le yen, son histoire et ses billets.

Des premières monnaies japonaises aux billets de 2024 : une histoire illustrée du yen et du Japon.

Découvrir le yen ↓yens · JPY
Deux faces d’un koban doré, ovale, strié et marqué de poinçons. As6673 · CC BY-SA 3.0

Un koban d’or ne ressemble pas à un billet de mille yens. Pourtant, leurs surfaces racontent une même question : comment donner une forme à la confiance ? Dans le premier, on lit les marques d’un atelier et le pouvoir des Tokugawa. Dans le second, on rencontre un médecin, une œuvre de Hokusai et les techniques d’une imprimerie contemporaine.

Entre les deux, le Japon a changé de gouvernement, de façons de compter et de place dans le monde. Il a connu des monnaies venues de Chine, des paiements pesés sur une balance, des billets locaux, des crises et des reconstructions. Suivre ces objets, c’est entrer dans les marchés et les ateliers autant que dans les palais ou les banques.

Voici cette histoire, depuis les premières expériences monétaires de l’archipel jusqu’aux coupures introduites en 2024. Une histoire du yen, mais aussi de tout ce qui l’a rendu possible.

Dossier historique illustré · De l’Antiquité aux émissions de 2024. Les dates des monnaies distinguent autant que possible le type, le millésime et la mise en circulation.

Des origines au Moyen Âge

01

Avant le yen, apprendre à faire monnaie

Le yen n’est pas une monnaie millénaire. Son nom entre dans les comptes en 1871, mais les questions auxquelles il répond ont une histoire beaucoup plus longue. Comment faire accepter une pièce au-delà de celui qui la fabrique ? Comment donner le même prix à des objets différents ? Au Japon ancien, ces apprentissages s’inscrivent dans des échanges avec le continent : des marchandises, des textes, des techniques et des monnaies traversent la mer.

Les pièces chinoises fournissent un modèle matériel et politique. La forme ronde percée d’un carré, les inscriptions, la fabrication par coulée appartiennent à un langage monétaire partagé en Asie orientale. Dans la seconde moitié du VIIe siècle, le Japon produit déjà des objets monétaires : les pièces d’argent sans inscription, dites mumon ginsen, et les fuhonsen. Les découvertes faites à Asukaike en 1998 ont confirmé une production de fuhonsen antérieure à 708. Leur place exacte dans les paiements et les pratiques rituelles demande toutefois de la prudence : existence d’une monnaie et généralisation de son usage ne se confondent pas.

En 708, sous l’impératrice Genmei, le Wadō kaichin donne une tout autre ampleur à l’entreprise. Inspiré du monnayage des Tang, il accompagne la construction d’un État administré. Payer, prélever, récompenser : la pièce rend visible une autorité autant qu’elle facilite les échanges. Elle porte quatre caractères autour de son ouverture centrale ; celui qui la reçoit doit reconnaître dans ce petit disque autre chose que son poids de métal.

L’expérience rencontre ses limites. Les émissions de la cour, que l’on regroupe en « douze monnaies impériales », se succèdent jusqu’au Kengen taihō de 958. La qualité se dégrade et la confiance s’affaiblit. Le riz et les textiles continuent de mesurer et de transférer la valeur. Cette première histoire monétaire ne dessine donc pas une marche continue vers le yen : elle comporte un long recul de la frappe officielle.

Pièce sombre et ronde, percée d’un trou carré et portant les quatre caractères du Wadō kaichin.
Wadō kaichin, type émis à partir de 708. La monnaie à trou carré témoigne de l’adoption d’un modèle venu des Tang. Exemplaire photographié au Musée de la monnaie de la Banque du Japon.PHGCOM ; retouche publiée par PawełMM (2017) · CC BY-SA 3.0
02

La monnaie revient par la mer

À partir du XIIe siècle, les pièces chinoises arrivent en quantités croissantes. Les monnaies des Song, puis celles d’autres dynasties, trouvent une seconde vie dans l’archipel. Le pouvoir japonais n’a pas besoin de frapper toutes les pièces utilisées sur son territoire pour que les échanges deviennent plus monétaires. Les ports, les marchés, les monastères et les domaines participent à cette circulation.

Une conséquence se lit dans les prélèvements : lorsque certaines redevances peuvent être réglées en numéraire, il faut vendre une part de la production pour obtenir des pièces. La monnaie relie alors davantage les campagnes aux marchés. Elle accompagne aussi le développement du crédit. Des écrits permettent de transférer des fonds à distance, évitant de déplacer à chaque fois de lourdes ligatures de pièces, les zeni.

Mais toutes les pièces rondes ne se valent plus. Les espèces anciennes usées, les importations de qualité variable et les fabrications privées se côtoient. À la fin du Moyen Âge, la pratique de l’erizeni, le tri des monnaies, devient un problème majeur : on accepte certaines pièces, on en refuse d’autres ou on les compte à un cours inférieur. Des interdictions cherchent à imposer une circulation plus régulière, sans effacer la méfiance des usagers.

Le trou central raconte aussi un geste. Il permet de réunir les monnaies sur une corde ; lors de leur fabrication, une tige carrée peut maintenir plusieurs pièces pour en finir les bords. La forme possède donc une histoire technique, pas seulement une signification symbolique. Derrière les trésors de pièces retrouvés par les archéologues apparaissent des opérations très concrètes : compter, trier, transporter et mettre de côté.

Le Japon des shoguns

03

L’or des seigneurs, l’argent des mines

Au XVIe siècle, les guerres et les échanges lointains donnent aux métaux précieux une importance nouvelle. Les seigneurs développent les mines et cherchent à maîtriser leur production. L’argent d’Iwami s’insère dans les circuits d’Asie orientale ; le Japon n’est pas un monde monétaire clos attendant son ouverture au XIXe siècle. Ses métaux participent déjà à une économie maritime.

L’or de Kōshū et les émissions d’argent témoignent de solutions diverses. Certains paiements reposent sur un poids de métal ; d’autres sur des unités reconnues localement. Oda Nobunaga tente d’encadrer les rapports entre les moyens de paiement. Toyotomi Hideyoshi fait produire de grands ōban, dont les dimensions et la présentation expriment la puissance de celui qui les donne. Ces grandes pièces servent notamment aux gratifications et aux dons entre guerriers ; ce ne sont pas les petites monnaies ordinaires d’un marché.

Tokugawa Ieyasu reprend à son tour le contrôle des mines et des ateliers. En 1601, avant même sa nomination comme shogun en 1603, il lance les monnaies d’or et d’argent de l’ère Keichō. Le koban, ovale et plus petit que l’ōban, devient l’objet emblématique de cette organisation. Son prestige ne doit pourtant pas faire oublier les autres métaux, les petites valeurs et les intermédiaires qui permettent à l’ensemble de fonctionner.

La pièce est une fabrication contrôlée. Ses marques attestent une valeur et une autorité ; les stries de surface et les poinçons appartiennent à un système de reconnaissance. L’expression « pièce d’or » ne signifie d’ailleurs pas or pur : le titre et le poids varient selon les émissions. Identifier un koban exige donc une époque, une série et une lecture des marques, et non la seule reconnaissance de sa silhouette.

Deux faces d’un koban doré, ovale, strié et marqué de poinçons.
Koban de Keichō, type introduit en 1601, recto et verso. Les stries et les poinçons permettent d’examiner le travail du métal et les marques d’autorité. Un koban représente un ryō.As6673 · CC BY-SA 3.0
04

Edo : trois métaux, plusieurs façons de compter

Dans une boutique d’Edo ou chez un négociant d’Osaka, compter l’argent ne renvoie pas nécessairement au même geste. L’or se compte en ryō, bu et shu. L’argent traditionnel se pèse en monme. Les espèces de cuivre se dénombrent en mon. On résume souvent cette géographie par « l’or à l’est, l’argent à l’ouest » : une tendance des usages, pas une frontière interdisant aux monnaies de circuler.

Le koban vaut un ryō ; un ryō se divise en quatre bu, soit seize shu. Le système n’est pas décimal. Les masses d’argent allongées, chōgin, et les petites formes irrégulières, mameitagin, imposent quant à elles une balance et un savoir d’évaluation. Les monnaies Kan’ei tsūhō, produites à grande échelle à partir de 1636, facilitent les dépenses modestes. Derrière le mot « cuivre » peuvent aussi se cacher, selon l’époque et la série, du laiton ou du fer.

Le shogunat fixe des équivalences, mais le marché les fait varier. Un rapport officiel couramment cité pour le XVIIIe siècle associe un ryō d’or à soixante monme d’argent et quatre mille mon de cuivre. Il ne constitue ni une règle valable pendant toute l’époque d’Edo ni un tarif immuable au comptoir. Les changeurs, les ryōgaeshō, apprécient les espèces, convertissent les unités, tiennent des comptes et organisent des transferts.

La société reste aussi profondément liée au riz. Les revenus des domaines et des guerriers peuvent s’exprimer en quantités de riz, alors que les dépenses urbaines réclament du numéraire. Passer du grenier à la boutique suppose de vendre, d’avancer des fonds et de négocier. Les circuits du crédit ne sont pas un ajout tardif à une économie « féodale » immobile : ils en sont un rouage essentiel.

Trois métaux, trois logiques de paiement
Métal et formeUnité et gesteCe qu’il faut retenir
Or : koban, petites valeurs1 ryō = 4 bu = 16 shuDes valeurs faciales, dans un système fondé sur quatre.
Argent : chōgin, mameitaginLe monme ≈ 3,75 gL’argent se pèse ; des petites espèces à valeur faciale se développent ensuite.
Cuivre et autres alliages : zeniLe mon ; 1 000 mon = 1 kanmonDes monnaies utiles aux dépenses modestes.
05

Le papier circule ; le métal change

Bien avant la Banque du Japon, du papier passe de main en main. Vers 1600, à Yamada, près des sanctuaires d’Ise, des reçus liés aux dépôts et aux paiements d’argent deviennent des moyens de règlement locaux : les Yamada hagaki. Leur efficacité tient à la confiance dans les personnes et les institutions qui promettent de les honorer. Le papier permet aussi d’apporter de petites valeurs là où les espèces manquent.

Les domaines émettent ensuite des hansatsu. Souvent exprimés en unités d’argent, ces billets dessinent une géographie de crédits locaux, avec des garanties et des fortunes inégales. Le Japon d’Edo possède ainsi un cadre monétaire commun sans disposer d’une circulation parfaitement uniforme. L’émission de papier peut répondre à un besoin d’échange ; elle peut aussi combler les difficultés financières d’un domaine, au risque d’en fragiliser le crédit.

Le métal ne garantit pas davantage une valeur éternelle. Lors de la réforme de Genroku, en 1695, les autorités réduisent le titre des pièces. Refrapper permet d’obtenir davantage d’unités avec une quantité donnée de métal et procure un revenu au pouvoir. Mais les remises en ordre ultérieures ne vont pas toutes dans la même direction : les réformes du début du XVIIIe siècle cherchent à améliorer le titre, puis celle de Genbun, en 1736, augmente de nouveau l’offre de monnaie pour répondre aux difficultés économiques.

Il faut donc résister au récit moral d’une monnaie toujours « honnête » lorsqu’elle contient plus d’or, toujours « mauvaise » lorsqu’elle en contient moins. Le résultat dépend aussi des prix, des besoins de paiement et de la manière dont la réforme est reçue. La transformation des monnaies d’argent est tout aussi révélatrice : les petites pièces à valeur exprimée en unités d’or se diffusent. Le paiement devient plus commode lorsque l’on peut compter ce que l’on devait auparavant peser.

06

Quand l’or japonais prend le large

L’arrivée des navires américains dans les années 1850 conduit à une réorganisation forcée des relations internationales. Les traités de 1858 et l’ouverture des ports au commerce en 1859 mettent brutalement en contact des systèmes monétaires dont les équilibres diffèrent. Les négociations sur l’échange des pièces ne sont pas un détail : elles décident de ce qu’un négociant étranger peut acheter avec l’argent qu’il apporte.

L’écart le plus spectaculaire concerne le rapport entre l’or et l’argent. Schématiquement, un poids d’or s’échange alors au Japon contre environ cinq fois son poids d’argent, contre une quinzaine de fois sur les marchés étrangers. Ces rapports sont des ordres de grandeur historiques, non des parités universelles. Mais ils ouvrent une possibilité d’arbitrage : apporter des dollars d’argent mexicains, obtenir des espèces japonaises, puis de l’or, et revendre cet or à l’étranger.

Des koban quittent ainsi le pays. Pour freiner les sorties, le shogunat procède en 1860 à la refonte de Man’en, qui réduit fortement la quantité d’or représentée par une unité monétaire. La réponse rapproche les rapports métalliques des marchés internationaux ; elle bouleverse aussi les prix et les patrimoines à l’intérieur du Japon. Une affaire de comptoir devient une crise politique et sociale.

On raconte souvent cet épisode comme la rencontre entre un Japon fermé et un Occident monétaire moderne. Il est plus juste d’y voir le choc entre des institutions déjà élaborées, soumises à des rapports de force inégaux. Les marchands japonais connaissent le crédit et les changes. Ce qui change, c’est la capacité des autorités à défendre les règles nationales face à une circulation internationale des métaux imposée par les traités.

La naissance du yen moderne

07

1871 : inventer une unité pour tout le pays

La restauration de Meiji, en 1868, ne fait pas disparaître d’un coup les monnaies précédentes. Le nouveau gouvernement doit financer son action, organiser l’administration et composer avec des pièces et des billets très divers. Ses premières émissions de papier, les Dajōkansatsu, restent libellées dans l’ancienne unité, le ryō. Le changement politique précède la simplification monétaire.

La réforme de 1871 introduit le yen, divisé en cent sen ou mille rin. Ce choix décimal veut rendre les comptes plus lisibles et doter le pays d’un système commun. L’ancienne graphie 圓, aujourd’hui simplifiée en 円, renvoie au rond. La transformation est visible jusque dans les objets : les pièces régulières frappées à la machine se substituent progressivement aux formes ovales, rectangulaires et irrégulières de l’époque précédente.

La Monnaie d’Osaka, inaugurée en 1871, représente une véritable installation industrielle. Machines et compétences étrangères participent à sa mise en place ; la fabrication devient un enjeu de maîtrise technique. Les emblèmes des nouvelles espèces — soleil rayonnant, chrysanthème, dragon selon les valeurs et les séries — expriment une autorité impériale et une ambition internationale. Leur précision doit permettre de reconnaître une monnaie japonaise sur les marchés du monde.

Le régime prévu en 1871 définit le yen par l’or, à raison de 1,5 gramme d’or fin. Pourtant, parler d’un étalon-or pleinement opérationnel dès cette date serait trompeur : les grandes pièces d’argent et le papier jouent un rôle essentiel, tandis que la convertibilité reste difficile. La loi ne suffit pas à produire les réserves, les institutions et la confiance nécessaires. La naissance du yen est un commencement de réforme, non son achèvement.

Deux faces d’une petite pièce d’or de Meiji portant la valeur un yen et un soleil rayonnant.
Une pièce d’un yen en or datée de Meiji 4 (1871), présentée sur ses deux faces. Le caractère 圓 et les emblèmes impériaux appartiennent au nouveau vocabulaire visuel de la réforme. La date inscrite n’établit pas à elle seule le jour de fabrication ou de circulation.As6673 · CC BY-SA 3.0
08

Une banque pour donner crédit au papier

Les premières années du yen ne possèdent pas encore le visage unique de la banque centrale. La législation de 1872 autorise des « banques nationales » à émettre des billets. Le nom peut induire en erreur : il s’agit de banques privées agréées selon un cadre national, inspiré des États-Unis. Leurs billets s’ajoutent au papier gouvernemental. La révision de 1876 puis les dépenses de la guerre du Sud-Ouest de 1877 favorisent l’augmentation des émissions inconvertibles.

Lorsque Matsukata Masayoshi devient ministre des Finances en 1881, il entend rétablir la valeur du papier et préparer un système de conversion. Sa politique de rigueur réduit la monnaie en circulation, mais s’accompagne de difficultés sévères, notamment dans les campagnes endettées. La stabilisation d’une unité monétaire a un coût social ; elle ne se résume pas à une victoire comptable.

La Banque du Japon commence ses opérations le 10 octobre 1882. Elle ne met ses premiers billets en circulation qu’en 1885, à commencer par une coupure de dix yens. Les nouvelles émissions sont convertibles en argent. La figure de Daikokuten, associée à la prospérité, leur vaut le nom de Daikoku-satsu. Sur le billet d’un yen reproduit ici, l’engagement de payer le porteur en argent appartient encore à la définition de l’objet : le papier représente une promesse de métal.

La qualité graphique participe à la confiance. Auparavant, le Japon avait commandé des billets en Allemagne et aux États-Unis. Il développe désormais ses propres compétences, notamment grâce au graveur italien Edoardo Chiossone, dont le travail contribue aux émissions modernes. Portraits, réseaux de lignes et filigranes rendent la falsification plus difficile. À la fin de 1899, les anciens billets gouvernementaux et ceux des banques nationales perdent leur cours légal : l’unification de l’émission a demandé près de trois décennies après la création du yen.

Recto bleu et verso orangé d’un billet d’un yen représentant Daikokuten.
Un yen « Daikoku », type mis en circulation en 1885, recto et verso. Daikokuten figure à droite ; au revers, l’engagement en anglais rappelle la conversion promise en argent. Ce billet d’un yen n’est pas la toute première coupure de la Banque : le dix yens l’a précédé en mai 1885.Eclipse2009 ; version recadrée par Cropbot / Flappiefh (2013) · Domaine public selon Commons (PD-Japan-exempt ; PD-Japan)
09

L’étalon-or : entrer dans le monde, en subir les secousses

En 1897, le Japon adopte un étalon-or effectif, avec une nouvelle définition de 0,75 gramme d’or fin pour un yen. Les indemnités reçues de la Chine après la guerre sino-japonaise de 1894–1895 contribuent à constituer la réserve nécessaire. Cette origine rappelle que la modernisation monétaire et l’expansion impériale ne sont pas deux histoires séparées. L’accès à la finance internationale s’inscrit aussi dans les rapports de domination de l’époque.

La convertibilité donne une référence commune aux règlements extérieurs et à certains emprunts. Elle ne supprime ni les ajustements ni les décisions politiques. La recherche historique montre que les pratiques de la Banque du Japon ne se réduisent pas à l’application automatique des prétendues « règles du jeu » de l’étalon-or. Maintenir une relation métallique et répondre aux besoins nationaux restent deux exigences parfois difficiles à concilier.

La Première Guerre mondiale stimule la production et les exportations japonaises, puis laisse place à des déséquilibres. Le système de l’or est suspendu en 1917. Le séisme du Kantō de 1923 dévaste Tokyo et Yokohama ; les difficultés bancaires s’accumulent. En 1927, la panique provoque des retraits massifs. Un détail matériel en dit l’urgence : une émission de deux cents yens est imprimée avec un revers laissé blanc pour accélérer la mise à disposition des billets.

Le retour à l’or de janvier 1930 intervient au plus mauvais moment, dans la dépression mondiale. Les contraintes déflationnistes pèsent sur les entreprises et les producteurs. En décembre 1931, le Japon abandonne de nouveau l’étalon-or. La valeur du yen repose désormais sur d’autres instruments que l’engagement de fournir un poids déterminé de métal. Le mot « convertible », plus tard retiré des billets, devient le témoin d’un ordre monétaire disparu.

Guerre, reconstruction et croissance

10

La guerre atteint jusqu’au métal des pièces

Après la sortie de l’or, le ministre des Finances Takahashi Korekiyo soutient la reprise par une politique de dépenses et de crédit. Mais il cherche ensuite à limiter les exigences budgétaires militaires. Son assassinat lors de la tentative de coup d’État du 26 février 1936 marque une rupture. Les dépenses de guerre et le financement public prennent une place croissante dans le système financier.

La loi de 1942 réorganise la Banque du Japon dans un cadre subordonné aux objectifs de l’État en guerre. Les billets perdent les mentions de convertibilité. Sur les pièces, les changements de matériaux racontent une autre mobilisation : les métaux utiles aux armements deviennent trop précieux pour rester dans les poches. Des alliages de remplacement et l’aluminium se diffusent, tandis que la fabrication et la qualité des objets subissent les pénuries.

Il faut distinguer les billets utilisés au Japon des émissions militaires et des monnaies d’occupation mises en circulation dans les territoires conquis. Toutes ne sont pas libellées en yens et elles ne sont pas interchangeables. L’extension de l’emprise japonaise impose aussi des mécanismes financiers aux populations occupées ; la monnaie participe à cette violence, à travers les prélèvements, les paiements contraints et la perte de valeur du papier.

En 1945, les billets continuent de circuler dans un pays dont une partie de l’appareil productif et des villes a été détruite. L’argent accumulé ne rencontre plus assez de biens disponibles. Pour les ménages, la différence entre les prix administrés et les marchés parallèles rend incertain ce que permet réellement d’acheter une somme. Une monnaie peut conserver son nom et ses chiffres tout en perdant une grande part de sa capacité à organiser la vie quotidienne.

11

Le « nouveau yen » dans un pays à reconstruire

En février 1946, les autorités organisent le passage au « nouveau yen ». Le terme peut faire croire à une nouvelle unité : il ne s’agit pourtant pas d’effacer des zéros selon un rapport de mille pour un. La réforme combine le dépôt obligatoire de billets, le blocage d’une partie des avoirs et la restriction des retraits. On cherche à réduire le pouvoir d’achat immédiatement disponible pour combattre l’inflation.

La fabrication des nouvelles coupures ne pouvant suivre instantanément, certains anciens billets reçoivent une vignette de validation. Ce petit morceau de papier collé transforme leur statut. Il rappelle que la valeur légale n’est pas contenue naturellement dans l’encre ou dans la feuille : elle dépend de décisions, de délais et de la possibilité de faire reconnaître un billet au guichet.

L’opération ne résout pas à elle seule les déséquilibres. La reprise de la production, l’organisation budgétaire et les conditions de financement restent décisives. En 1949, le programme de stabilisation associé à Joseph Dodge impose une discipline sévère. La fixation du dollar à 360 yens inscrit les échanges extérieurs dans un nouveau cadre. Cette parité historique accompagne ensuite une grande partie de la reconstruction et de la forte croissance ; elle ne doit pas être présentée comme un cours actuel.

Les objets du quotidien prennent eux aussi une nouvelle forme. Les unités inférieures au yen cessent d’avoir cours à la fin de 1953. En 1955 apparaît la pièce d’un yen en aluminium, légère d’un gramme, avec un jeune arbre. La distance est immense avec l’un yen d’or de Meiji : le même chiffre ne désigne plus une promesse de métal précieux. Le choix de l’aluminium répond à un système où l’acceptation légale et la confiance importent davantage que la valeur du matériau.

12

Les billets d’un Japon qui se transforme

Dans les décennies de forte croissance, le yen accompagne l’urbanisation, l’industrialisation et l’essor de la consommation. Salaires, épargne, achats d’équipement et réseaux de distribution multiplient les occasions de payer. Les espèces circulent dans une société où les banques et les paiements scripturaux prennent eux aussi de l’importance. La monnaie matérielle et la finance ne se remplacent pas simplement : elles se développent ensemble.

De nouvelles coupures répondent à des montants devenus plus élevés : cinq mille yens en 1957, dix mille en 1958. Le prince Shōtoku, déjà présent sur des émissions antérieures, apparaît sur ces billets. Son image propose une continuité historique à un Japon qui change très vite. En 1963, le billet de mille yens représente Itō Hirobumi, acteur de la construction de l’État de Meiji et premier Premier ministre du Japon. Son rôle dans l’expansion impériale, notamment en Corée, interdit d’y voir un portrait historiquement neutre.

Les pièces évoluent avec les usages et les moyens techniques. Les cent et cinquante yens en cupronickel de 1967 appartiennent encore au paysage monétaire contemporain. Les distributeurs et les équipements automatiques rendent importantes des caractéristiques qu’un dessin ne montre pas : diamètre, poids, propriétés du métal et reconnaissance mécanique. Le dessin d’une monnaie est aussi une réponse à la manière dont on la manipule.

L’ordre international se transforme à son tour. Après la suspension par les États-Unis de la convertibilité du dollar en or en 1971, le Japon abandonne la parité de 360. Un nouvel arrangement fixe brièvement le dollar à 308 yens, puis le flottement s’installe en 1973. Le yen cesse d’être lié à un seul chiffre. Les industriels, les importateurs et les épargnants doivent désormais composer davantage avec ses variations.

Le yen contemporain

13

De Sōseki à la monnaie des taux bas

En 1984, trois visages font entrer la nouvelle série dans les portefeuilles : Fukuzawa Yukichi sur dix mille yens, Nitobe Inazō sur cinq mille et Natsume Sōseki sur mille. Éducation, pensée et littérature occupent le premier plan. Un billet devient une minuscule galerie publique, reproduite à des millions d’exemplaires, où la célébrité d’une personne peut finir par se confondre avec une valeur faciale.

L’année suivante, l’accord du Plaza, conclu en septembre 1985, accompagne une appréciation du yen. Celle-ci modifie les conditions de concurrence des entreprises et leurs stratégies à l’étranger. La seconde moitié de la décennie voit aussi gonfler les prix des actions et du foncier. Réduire cette bulle à une conséquence mécanique du Plaza serait abusif : crédit, attentes et fonctionnement des institutions financières participent à son développement.

L’éclatement de la bulle au début des années 1990 laisse des bilans dégradés et des créances difficiles à recouvrer. La faiblesse durable des prix et de l’activité amène la Banque du Japon à expérimenter des taux proches de zéro et des achats massifs d’actifs. La réforme légale entrée en vigueur en 1998 renforce son autonomie dans la conduite de la politique monétaire. Ces transformations touchent les crédits immobiliers et l’épargne bien au-delà des salles de marché.

Les taux négatifs introduits en 2016, puis abandonnés en mars 2024, constituent une séquence historique, pas une caractéristique permanente du yen. Dans le même temps, les paiements par carte, les cartes de transport et les applications se développent. La présence persistante du billet ne signifie ni immobilité ni refus culturel du changement : elle coexiste avec des usages numériques variés, des besoins d’accessibilité et des habitudes qui évoluent.

Recto d’un billet de mille yens de la série D, avec le portrait moustachu de Natsume Sōseki.
Mille yens de la série D, introduite en 1984 : Natsume Sōseki au recto. Le romancier devient un visage quotidien de la fin du XXe siècle. Seul le recto est reproduit ici ; le revers du type montre deux grues.Gouvernement japonais, Banque du Japon (crédit indiqué par Commons) ; graveur non identifié · Domaine public selon Commons (PD-Japan-exempt)
14

Ce qu’un billet choisit de montrer

Le choix d’un portrait met en circulation une certaine représentation de l’histoire. Les figures anciennes et légendaires des premiers billets modernes cèdent progressivement davantage de place aux éducateurs, écrivains et savants. Ce déplacement ne transforme pas les billets en biographies objectives : il sélectionne quelques vies et quelques œuvres pour les rendre immédiatement reconnaissables.

La série de 2004 conserve Fukuzawa Yukichi sur dix mille yens, avec au revers le phénix du Byōdō-in. Elle associe Higuchi Ichiyō, écrivaine de la vie urbaine et des inégalités de Meiji, aux iris d’Ogata Kōrin sur cinq mille yens. Le billet de mille yens porte le médecin Noguchi Hideyo et, au revers, le mont Fuji et des cerisiers. Un portrait, une œuvre et un paysage ne remplissent pas la même fonction : leur rapprochement compose un récit culturel.

La coupure de deux mille yens, introduite en 2000, suit une voie distincte. Le recto représente la porte Shureimon à Okinawa ; le revers évoque le Dit du Genji et Murasaki Shikibu. Ce billet fait place à l’héritage du royaume des Ryūkyū et à la littérature de cour. Son existence rappelle que la gamme ne se réduit pas aux trois valeurs renouvelées en 2024.

Lire ces images demande de regarder les deux faces. Le temple représenté sur une pièce peut réapparaître par un autre motif sur un billet ; une œuvre conçue pour un paravent ou pour une estampe change d’échelle et de technique. La monnaie diffuse le patrimoine en le recomposant. Les légendes doivent donc nommer précisément l’œuvre ou l’édifice, sans faire passer une adaptation gravée pour une reproduction intégrale de l’original.

15

2024 : trois vies, trois nouveaux regards

Le 3 juillet 2024, trois nouvelles coupures entrent en circulation : dix mille, cinq mille et mille yens. Ce renouvellement ne crée pas une nouvelle unité et ne retire pas automatiquement leur validité aux billets précédents. Il rassemble un choix de figures historiques, une nouvelle composition graphique et des techniques de sécurité conçues pour rendre la reproduction frauduleuse plus difficile.

Sur dix mille yens, Shibusawa Eiichi (1840–1931) rappelle la construction du monde des entreprises et des banques de Meiji. Né dans une famille agricole, passé au service des Tokugawa, il découvre l’Europe lors de l’Exposition universelle de Paris de 1867, puis participe à la nouvelle administration avant de rejoindre le monde des affaires. La gare de Tokyo, côté Marunouchi, figure au revers : le bâtiment en brique ouvert en 1914 relie le portrait à une histoire des réseaux et de la circulation. Il ne faut pas en déduire que Shibusawa en fut l’architecte.

Sur cinq mille yens, Tsuda Umeko (1864–1929) raconte une autre ouverture. Encore enfant, elle part pour les États-Unis en 1871 avec le groupe de jeunes filles associé à la mission Iwakura. Après ses études et son retour, elle fonde en 1900 le Joshi Eigaku Juku, à l’origine de l’université Tsuda, pour développer l’enseignement supérieur féminin. Son itinéraire montre combien l’accès à la formation a dû être construit. Les glycines du revers sont un motif végétal autonome, non l’illustration d’un épisode de sa vie.

Sur mille yens, Kitasato Shibasaburō (1853–1931) évoque les laboratoires et la lutte contre les maladies infectieuses. Il obtient une culture pure du bacille du tétanos en 1889 et travaille avec Emil von Behring sur l’immunité et la sérothérapie. Le revers reprend la Grande Vague de Katsushika Hokusai. Le billet associe ainsi un médecin de l’époque moderne à une estampe de l’époque d’Edo : deux façons de faire circuler le savoir, réunies par une décision graphique contemporaine.

LA SÉRIE F · 2024

Trois spécimens de billets de dix mille, cinq mille et mille yens de 2024, disposés en éventail et marqués en rouge.
Spécimens des trois nouvelles coupures de 2024 : Shibusawa Eiichi, Tsuda Umeko et Kitasato Shibasaburō. Les mentions rouges 見本 et SPECIMEN font partie de la photographie source. Cette vue ne présente que les rectos.RYO MAYA · CC0 1.0
La série introduite le 3 juillet 2024
ValeurPortraitReversDimensions
10 000 yensShibusawa EiichiGare de Tokyo, bâtiment de Marunouchi76 × 160 mm
5 000 yensTsuda UmekoGlycines76 × 156 mm
1 000 yensKitasato ShibasaburōHokusai, Sous la vague au large de Kanagawa76 × 150 mm
16

Un billet se regarde, se touche, s’incline

Les nouvelles coupures gardent une hauteur commune de 76 millimètres ; leur largeur varie selon la valeur. De grands chiffres arabes facilitent l’identification, y compris pour les personnes qui ne lisent pas les caractères japonais. Les repères tactiles se distinguent par leur emplacement. Cette attention au toucher rappelle qu’un billet est un objet utilisé par des personnes aux capacités visuelles et aux habitudes différentes.

L’hologramme montre un portrait dont l’orientation semble changer lorsque l’on incline la feuille. Le filigrane à haute définition et l’impression en taille-douce complètent la sécurité. Ces dispositifs reposent sur la combinaison de techniques : aucun beau portrait ne suffit à lui seul à garantir une monnaie. Les moyens de reconnaissance doivent rester accessibles à l’usager tout en étant difficiles à imiter.

Au revers du billet de mille yens, Hokusai n’est pas reproduit comme sur la page d’un catalogue. Son estampe des environs de 1830–1832 est adaptée à un autre format et à un autre procédé. Dans l’œuvre originale, les embarcations et leurs équipages affrontent l’ampleur de la vague, tandis que le Fuji apparaît loin derrière. Cette tension d’échelles se prête à la lecture rapprochée d’un billet. L’image appartient à une série de vues du mont Fuji ; l’appeler simplement « tsunami » lui attribuerait un sujet que son titre ne donne pas.

Comparer l’estampe et son emploi monétaire permet enfin de distinguer trois auteurs : l’artiste à l’origine de l’œuvre, les concepteurs qui l’adaptent au billet et la personne ou l’institution qui en réalise la photographie. L’histoire visuelle du yen est aussi une histoire de reproductions. Chaque légende de ce dossier indique donc ce que l’on voit réellement : une pièce, un billet, des spécimens ou une œuvre source.

Estampe : une grande vague se recourbe au-dessus de bateaux tandis que le mont Fuji se distingue au loin.
Hokusai, Sous la vague au large de Kanagawa, vers 1830–1832, série des Trente-six vues du mont Fuji. Metropolitan Museum of Art, JP10. Œuvre à l’origine du motif du billet de mille yens de 2024 ; il s’agit ici d’une épreuve de l’estampe, pas du revers du billet.Katsushika Hokusai (1760–1849) ; numérisation The Metropolitan Museum of Art, JP10, Rogers Fund, 1914 · CC0 1.0 (numérisation) ; œuvre dans le domaine public
17

Six pièces, un petit musée dans la paume

Les pièces ordinaires en usage représentent six valeurs : un, cinq, dix, cinquante, cent et cinq cents yens. Leur variété de couleurs, de diamètres et de bords aide à les reconnaître. Les trous des cinq et cinquante yens offrent un autre repère. Ils ne sont pas la simple survivance inchangée du trou des monnaies anciennes : ces objets répondent à des choix industriels et pratiques contemporains.

La pièce de cinq yens condense plusieurs activités dans un espace minuscule. L’épi de riz renvoie à l’agriculture ; l’eau, à la pêche ; la roue dentée autour du trou, à l’industrie. Sur un yen, le jeune arbre contraste avec l’imposante architecture du pavillon du Phénix du Byōdō-in sur dix yens. Les cinquante et cent yens portent respectivement des chrysanthèmes et des fleurs de cerisier. La gamme fait ainsi dialoguer végétaux, production et patrimoine bâti.

La pièce de cinq cents yens introduite en 2021 renouvelle cette conversation par sa technique. Bicolore et constituée de plusieurs couches métalliques, elle conserve le paulownia, le bambou et le tachibana, tout en renforçant les moyens de lutte contre la contrefaçon. Les pièces des types précédents peuvent coexister avec elle. La photographie de groupe présentée dans ce dossier, réalisée en 2006, montre la génération antérieure de cinq cents yens : elle ne doit pas être utilisée pour identifier le modèle de 2021.

Les dates demandent enfin une lecture particulière. Beaucoup de pièces indiquent une année d’ère impériale plutôt qu’une année du calendrier grégorien. Une date de type « Reiwa 3 » correspond à 2021. Pour le numismate, relever l’ère, l’année, le métal et le dessin évite de confondre des objets proches. Un détail de tranche ou de graphie peut raconter une nouvelle étape de fabrication, même lorsque le motif principal demeure.

Six pièces japonaises de un à cinq cents yens, dont les pièces percées de cinq et cinquante yens ; photographie de 2006.
Les six valeurs des pièces japonaises, photographiées en 2006. La pièce de cinq cents yens appartient à une génération antérieure au modèle bicolore de 2021. Cette photographie historique permet de comparer les dimensions, les couleurs et les deux valeurs percées.Misogi · CC BY-SA 3.0
Les six valeurs ordinaires — repères de collection
ValeurMatière du type actuelMotif principal
1 yenAluminiumJeune arbre
5 yensLaitonRiz, eau et roue dentée
10 yensBronzePavillon du Phénix du Byōdō-in
50 yensCupronickelChrysanthèmes
100 yensCupronickelFleurs de cerisier
500 yensConstruction bicolore à trois couches, depuis 2021Paulownia ; bambou et tachibana
18

Une monnaie nationale, une présence mondiale

Le yen est une monnaie nationale dont les usages dépassent très largement les frontières. Il sert aux règlements, aux réserves officielles et aux placements internationaux. Dans l’enquête triennale de la Banque des règlements internationaux portant sur avril 2025, il occupe le troisième rang des monnaies échangées sur le marché des changes. Ce classement mesure une activité financière ; il ne résume ni le niveau de vie japonais ni le rayonnement culturel du pays.

Les périodes de taux bas ont aussi fait du yen une monnaie de financement pour certaines opérations internationales. Emprunter à faible coût en yens pour investir dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs correspond au principe du carry trade. Si le yen s’apprécie ou si les conditions de financement changent, ces positions peuvent être débouclées rapidement. Les turbulences d’août 2024 ont rappelé la force de ces liens. Le qualifier de « valeur refuge » exige donc une nuance : certains mécanismes favorisent son appréciation en période de stress, sans en faire une garantie permanente.

Cette place mondiale ne doit pas effacer l’objet que l’on tient entre les doigts. Un billet de mille yens réunit une unité née à Meiji, une banque créée en 1882, un savant formé dans des réseaux internationaux et une image produite sous les Tokugawa. Son histoire n’est pas celle d’une essence japonaise immobile. Elle est faite d’emprunts, d’innovations, de conflits et d’institutions patiemment construites.

Du trou carré du Wadō kaichin au portrait qui semble tourner dans un hologramme, les procédés changent. Une question demeure : qu’est-ce qui permet à un objet de passer d’une main à une autre avec une valeur reconnue ? Pour y répondre, le yen offre bien davantage qu’une courbe de marché. Il donne accès à une histoire des ateliers, des échanges, de la confiance et des vies que la monnaie relie.

Les mots de la monnaie

Zeni 銭
Monnaies de type sapèque ; le mot désigne aussi l’argent dans certains usages.
Ryō 両
Unité des monnaies d’or d’Edo : 4 bu ou 16 shu.
Monme 匁
Unité de poids d’environ 3,75 g, utilisée notamment pour l’argent.
Koban 小判
Pièce d’or ovale ; sa taille, son poids et son titre changent selon la série.
Hansatsu 藩札
Papier-monnaie émis sous l’autorité des domaines pendant l’époque d’Edo.
Yen 円 · Sen 銭 · Rin 厘
Depuis 1871 : 1 yen = 100 sen = 1 000 rin. Les espèces inférieures au yen ont perdu leur cours légal à la fin de 1953.